
Pour nous, le choix d’une maison autonome procède de ce cheminement et s’inclut dans une démarche beaucoup plus vaste. C’est peut-être pour cette dernière raison que nous avons atteint nos objectifs.
Cette maison autonome, nous la voulions pour nous, dans un premier temps, pour asseoir la réalité de nos rêves : balayer devant notre porte le temps qu’il faut pour vérifier sa crédibilité.
Nous la souhaitions aussi pour le plus grand nombre, non comme modèle à recopier, mais comme élan à expérimenter, comme enthousiasme à réjouir le monde ; comme des marches et des idées au service de la Vie.
Ce lieu de recherche « grandeur nature » n’est pas un laboratoire que l’on fréquente pendant le travail et que l’on quitte le soir pour rentrer chez soi. C’est une expérimentation qui engage notre vie, pour toute la Vie.
Nous étions deux, Brigitte et moi en 1970. Nous sommes aujourd’hui, 30 ans après, avec quatre enfants et un petit-enfant depuis quelques jours, plusieurs dizaines de milliers à s’être rencontrés chez nous, quelques heures lors de nos visites, ou plus longtemps lors de nos stages sur notre lieu devenu Ecocentre, ou encore, pendant les 5 jours de nos Ecofestivals et universités d’été, comme une famille de pensée qui s’élargit pour porter l’espoir concrétisé d’un monde plus responsable.
Après 7 ans de compromis pour organiser les outils de vie directement liés à nos besoins, nous avons quitté progressivement ces dépendances matérielles et psychiques pour mettre en œuvre une autre réalité, à notre petite échelle par la force des choses, aujourd’hui avec une audience de plus en plus large.
Notre expérience s’est inscrite dès le début dans le cadre d’une recherche de scénarios crédibles pour l’avenir. Nous avons essayé d’harmoniser bonheur et sobriété. De la même manière, nous avons tenté de conjuguer science et intuition, bon sens et rationalité, savoir- faire séculaires et technologie de pointe. Nos toilettes sèches, bien que scientifiques mais faisant appel à des techniques rudimentaires efficaces, peuvent côtoyer une éolienne de haute technicité mais paradoxalement simple. Sans a priori nous avons choisi « l’outil approprié » au besoin à combler en optant pour les solutions légères, économiques et maîtrisables pour tous ceux qui passent à l’acte. Recourir aux techniques chères et d’un entretien dépendant et coûteux n’est pas écologique, car réservées à la minorité.
Plus de facture d’eau depuis 28 ans, plus de facture d’électricité depuis 8 ans, plus de loyer depuis 20 ans, construire sa maison afin d’ éviter de rembourser une fois et demie en plus de son prix pour nourrir les banques et travailler à deux jusqu’à la retraite ; nos quatre enfants, loin d’avoir "subi" les contraintes occasionnelles d’une vie simple (un seul demi salaire), signent globalement cette vision des choses : Gwenaël, par exemple, vit dans les Cévennes, son habitat lui revenant à moins de 2OOO euros ! ... : une yourte auto construite, confortable, lumineuse, avec une vue superbe. En 2 ans de travail, il a fabriqué de ses mains, ce que d’autres rembourserons financièrement, parfois leur vie durant. Apprendre des savoir-faire concrets apporte la confiance et l’audace pour inventer sa vie en dehors des clous du prêt-à-porter culturel et technique, pour créer son cadre de vie et de pensée, pour cultiver ce recul permanent qui dénonce les évidences perverses d’un monde qui nous fait croire qu’il-est-impossible-de-faire-autrement. Ces savoirs- faire contribuent au recul nécessaire pour se défier des spécialistes en tout genre qui, par leur formation, nous enlisent insidieusement dans des complications qui nous font passer à coté de cette Vie, simple et profonde, qui nous est donnée et qu’on découvre souvent trop tard. Nous venons de terminer juste à coté une maison témoin appelée « Maison 3E : Economique, Ecologique Entr’aide » pour aider tous ceux qui souhaitent prendre leur vie en main ici et maintenant.

« L’eau de pluie n’est pas potable ! »... « Les toilettes à litière sont un retour au passé ! » Il nous faut remonter la pente des préjugés savamment entretenus par les marchands d’eau. Nous buvons l’eau de pluie depuis 7 ans. C’est une des meilleures eaux à boire, faiblement minéralisée donc épurative, « 2 000 fois moins polluée que la moyenne des eaux souterraines » (Joseph Orszagh). Moyennant des précautions dans le captage et le stockage, une filtration de 20 microns suffit pour toutes les utilisations sauf pour l’eau bonne à boire qui nécessite un filtre bactérien en céramique d’une porosité de 0,5 à 1 micron doublé d’un filtre au charbon actif . De l’eau gratuite pour la vie et les enfants de nos enfants. Investissement de départ : terrassement, 2 citernes de 4 m³, pompe et filtration : 1 500 euros. Consommant pour la maison 10 fois moins d’eau que l’incroyable moyenne des Français : 150 litres par jour et par personne ! nous bouclons la saison sèche aisément. L’appropriation par la collectivité de « l’eau courante au robinet » et du « tout à l’égout » nous a éloignés de ces réalités vitales que sont l’eau, la nourriture, l’énergie, l’habitat. Les techniciens, les « spécialistes » formés dans une seule direction, nous ont pris le pouvoir bien avant que les politiques ne le fassent. Oui, nous le répétons : le désintérêt de la chose publique a pris naissance au moment où les besoins vitaux ont été pris en charge par la collectivité en échange d’un salaire. Allez à la production, on s’occupe de votre confort. L’histoire fait bizarrement l’impasse sur les résistances des paysans refusant les usines et celles des ouvriers refusant le machinisme !
Il nous est devenu insupportable de tirer une « chasse d’eau ». Ce geste est le parfait symbole d’une technique non durable. La généralisation quasi absolue de sa pratique a fait oublier, même pour les plus avertis, que 40 % de l’eau, chèrement potabilisée, est gaspillée pour gérer nos déchets qui devraient impérativement retourner à la terre. 40 % des eaux de surfaces sont également polluées par les chasses d’eau. La banalisation d’une pratique n’est en aucun cas un justificatif. Nous sommes bien placés pour savoir que sa remise en cause est des plus difficiles ; mais paradoxalement, les premiers préjugés dépassés, nous sommes ravis de constater qu’ à force d’enfoncer le clou, les toilettes à litières sont en train de créer une vraie et saine révolution : car ces toilettes sans eau sont une pédagogie formidable pour pratiquer le développement durable ; elles nous « engagent » tous les jours avec insistance dans le vécu de notre appartenance à la Terre.


Nous considérons que faire « notre jardin » et manger autrement sont un devoir politique de très haute valeur sinon de la plus haute. C’est l’activité à laquelle nous consacrons le plus de temps. Près de la moitié de notre alimentation consiste en crudités journalières, qui nous procurent en abondance, plaisir du goût et de la vue, fibres, vitamines et oligo-éléments assimilables en abondance et surtout vitalité, puisque ces aliments biologiques, sont cueillis les instants qui précèdent le repas. Pas de pesticides ni de transport, pas de kWh électriques ni de rayon vert pour les conserver, aucun coût externe de dépollution, etc. Parce que nous sommes 66 fois plus productifs que l’agriculture industrielle, (revue The Ecologist n°7), nous estimons, en conscience, qu’il est de notre devoir de citoyen de continuer à cultiver nos légumes. Nous considérons comme un devoir de solidarité à l’égard de l’Homme et de la Planète de manger peu de viande pour rester en bonne santé mais aussi et surtout parce que la consommation débridée de viande bat tous les records de gaspillage : 40 % des céréales cultivées dans le monde sont destinées à l’alimentation du bétail, L’Europe a besoin de 7 fois sa superficie agricole en terres du Tiers monde pour nourrir son bétail. 70 % des terres françaises sont utilisées pour les animaux de boucherie et 2 % seulement des terres françaises sont consacrées aux fruits et légumes. Les protéines d’un seul bifteck de 200 g pourraient nourrir 30 personnes. Quant à la consommation d’eau, à l’heure où la pénurie est d’une évidence écrasante, il faut 10 000 litres d’eau pour faire 1 kg de bœuf et seulement 1 800 litres d’eau pour 1 kg de blé !

« Nous sommes tous le changement que nous voulons pour le monde ». Nous avons tenté de bâtir notre mode de vie autour de ressources locales et inépuisables. Nous en faisons la preuve tous les jours : Il pleut : nous sommes contents : les légumes poussent, les citernes se remplissent. Il fait soleil : les légumes poussent et se cuisent, les plantes épurent nos eaux grises, la maison et l’eau sont chaudes. Il fait du vent : l’éolienne tourne et fait fonctionner la lumière et nos appareils électriques. Tout est là pour nous faire vivre, pourvu que nous soyons reliés aux éléments vitaux. Le vrai développement durable, c’est ça ! Nous comprenons mieux ainsi l’essence de la civilisation amérindienne pour qui la devise omniprésente était ce « Mitakuye oyasin » rappelant à chacun que « Nous sommes tous reliés », non seulement aux humains mais à toute la création. Nous pouvons tous vivre heureux en divisant par 4 ou 5 nos consommations. En cela, nous détenons l’immense pouvoir de transformation de la Planète. Anticipons ensemble l’électrochoc qui commence aujourd’hui par l’imminente rareté du pétrole et des matières premières. Faisons de ce passage obligé l’occasion d’une éducation mutuelle pour grandir en conscience. Merci de ce cadeau qui arrive. La Terre s’éveille. « Nous sommes condamnés à nous aimer » disait Emmanuel Mounier. Ce « nous » n’est pas uniquement à prendre au sens collectif. C’est aussi s’aimer soi-même et soigner sa Maison.
Patrick Baronnet. Concepteur et réalisateur de la Maison autonome en Loire-Atlantique, responsable de l’Ecocentre Heol et initiateur de l’Ecofestival.
PUBLICATIONS DE LA MAISON AUTONOME
LES LIVRES « DE LA MAISON AUTONOME A L’ECONOMIE SOLIDAIRE » La maison autonome expérimente au quotidien, depuis plus de 20 ans, un mode de vie soutenable pour l’avenir, tout en conservant un confort raisonnable. Ce laboratoire vivant fourmille d’idées concrètes nouvelles. Les nombreuses réalisations qui sont présentées sont des supports pour créer d’autres technologies et d’autres modes de pensée et d’organisation, qui vont du niveau personnel au niveau planétaire. Cette initiative est devenue un Ecocentre d’éducation et de formation aux techniques alternatives. « De la maison autonome à l’économie solidaire », Ed. La Maison autonome, 4ème édition 2005, 144 pages, 15 euros en magasins bio, 17 euros par courrier. Ce livre est imprimé sur papier recyclé .
LA PRATIQUE DU COMPOST ET DES TOILETTES SECHES L’approche pratique et pédagogique de ce livre sur le maintien de la qualité des sols à travers le compostage passionnera les jardiniers et les agriculteurs. C’est un guide précieux pour optimiser la fertilisation et les conditions sanitaires du recyclage de tous nos déchets organiques, y compris nos propres déjections. Apprenons à gérer aux mieux cette richesse afin de préserver cette précieuse couche d’humus à l’origine de toute vie. « La pratique du compost et des toilettes sèches », Eric Sabot, préface de Patrick Baronnet, 10 euros en magasins bio.
LE DVD « LA MAISON 3E » Ecologique : paille, briques de terre crue, ossature bois non traité, laine de mouton, solaire passif efficace, puits canadien. Economique : moins de 20 000 euros de matériaux, isolation et inertie thermique poussées, excellent écobilan énergétique. Entraide : se former, construire ensemble, échanger les compétences, pour ne pas passer sa vie à payer sa maison. « La maison 3E - écologie, économie, entraide », Ed. La Maison autonome, septembre 2005. Durée : 1 heure, 27 euros port inclus.
CONTACT La Maison autonome Patrick Baronnet route de Louisfert 44520 Moisdon-la-Rivière tél. : 02.40.07.63.68 mél : heol@waika9.com site : www.heol.org